07 février 2010
Angoulême
05 février 2010
Ainsi soit-il
"N'y voyez rien de personnel Jack, dites vous seulement que c'est de bonne guerre."
03 février 2010
Aller simple au large de terre-neuve
Pas de dessin aujourd'hui mais une petite histoire pour changer.
Un aller simple au large de terre-neuve
Dans la vie, il y a des moments où l'on doit faire des choix et on
aimerait bien souvent savoir si c’est le bon ou pas. Mais cela, je ne vous
l’apprends pas.
Ainsi j’étais arrivé à l’un de ces tournants de la vie où notre avenir
dépend de la décision que l’on est sur le point de prendre.
La vie devenant de plus en plus rude j'avais le choix, rester et prier
pour que les choses s’arrangent ou bien tenter ma chance ailleurs et partir pour
la deuxième Irlande. C’est ainsi que je me plaisais à appeler l’autre monde,
pour rigoler, où peut-être plutôt pour me rassurer.
Mon projet était simple. Partir le premier afin de trouver un travail
et un logement. Après cela seulement ma femme et mes enfants pourraient venir
me rejoindre, car nous avions juste assez pour payer un billet. Pour la date
j'avais longtemps hésité mais je comptais bien partir avant l'été. Or il se
trouvait justement que depuis quelques temps on ne parlait que de lui, de sa taille
aussi impressionnante que l’était son luxe, même la troisième classe,
disait-on, était confortable. Aussi avait-il aiguisé ma curiosité et c’est tout
naturellement sur lui que mon choix se porta. Oui, c’est à son bord que je me
rendrais dans le nouveau monde.
Le grand jour approchais et je passais ma dernière soirée à flâner sur
la côte avec ma famille pour m'imprégner une dernière fois de mon pays, mais
sans cesse mon regard se tournait vers l'horizon. Vers ce futur en qui j'avais
désormais placé tous mes espoirs. Une fois de plus la terrible question
s’imposa à moi, avais-je fais le bon choix ?
Enfin, l'heure tant attendue et tant redoutée arriva. J’avais été
terriblement angoissé durant tous ces derniers jours et redoutait d’être malade
pendant le voyage. Pourtant en gravissant la passerelle je m'aperçus que je ne
sentais plus aucun doute en moi, l'inquiétude qui m’avait habité venait de me
quitter en laissant place à une étrange quiétude. Serein, je regardais mon île
s'éloigner avec les miens et quand elle fut hors de ma vue, ce fut comme si on
m'avait coupé des chaines que j'avais portées durant toutes ces années.
Désormais je pouvais me tourner entièrement vers l'avenir.
C’était un vrai labyrinthe ! Tous les couloirs se ressemblaient
et je ne savais par où aller, heureusement un steward qui se trouvait là,
m’indiqua la direction de ma cabine. Une fois arrivé je saluais mes voisins de
lit et d’un seul coup d’œil fis rapidement le tour de la pièce. Deux couchettes
superposées, au milieu un lavabo avec un hublot au dessus et quelques placards.
Le hublot donnait sur les vagues toutes proches. Il faut dire que nos cabines
se retrouvaient au plus bas, ce qui ne nous offrait pas la plus belle des vues
mais c’était quand même relativement confortable. Le plus beau lui, se trouvait
bien au dessus de nous mais nous n’avions pas le privilège de connaitre ces
quartiers situés sur les ponts supérieurs. C’était le pont arrière qui nous
était réservé et je passais dessus la plupart de mon temps à divaguer sans but.
Appuyé contre le bastingage, mes principales activités se résumaient à regarder
au loin ou à observer les gens. Il y avait une chose qui m'amusait beaucoup,
c'était de voir les chiens des gens de la haute, aux races plus exotiques les
une que les autres, que l'ont venait promener dans notre coin. Un vrai défilé
de mode canin pour moi qui ne connaissais que les bâtards traînants sur les
chemins. Jamais je n’avais imaginé qu’il puisse en exister autant.
Cela
faisait maintenant trois jours que nous étions partis. La vie à bord était
rythmée par les heures des repas et tout était parfaitement paisible. Ce soir
là une petite fête avait même été improvisée dans la salle commune, mais le son
du violon et du bodhràn me rappelant brusquement ma famille m'avait mis mal à
l'aise. Je dû sortir sur le pont pour tenter de trouver un peu de calme loin de
la fumée et du bruit. Pourtant, ce fut pire encore ! Le doute dont je
croyais m'être débarrassé en partant de Queenstown se fit à nouveau tenace.
Cependant il y avait aussi autre chose qui me glaçait à présent le cœur, une
peur indescriptible dont je ne comprenais moi-même pas le sens. Je me rassurais
en pensant que sans doute était-ce simplement l’air glacial qui me faisait cet
effet. Je frissonnais, en vérité il aurait été préférable de rentrer au chaud
mais une voix intérieure me persuadait du contraire, aussi restais-je accoudé à
la rambarde.
Je
remontais mon col de manteau sur mon visage, quand j’eu soudain l'impression
d'apercevoir la silhouette de la statue de la liberté qui s’élevait face à
moi ! Certain d’avoir une vue correcte, je me retournais pour voir si
quelqu’un d’autre avait aperçu cette étrangeté, hélas il se trouvait qu’à ce
moment là j’étais seul sur le pont et personne ne pu me confirmer que je n’étais
pas fou ! La vision passa comme elle était apparue, soudainement. J’étais
certain d’une chose, c’est que nous n’étions pas encore à New-York. D’ailleurs
à présent, je ne voyais plus que les ténèbres qui s'intensifiaient chaque
minute d'avantage. Alors quoi ? Je n’avais pas souvenir d’avoir tant bu,
non, juste une pinte, ce ne pouvait être cela…
Des
idées sombres m’envahirent. Qu'avais-je donc pour devenir aussi pessimiste tout
d’un coup ? Moi qui avais la réputation de rester positif le plus souvent
possible.
Il ne
devait pas être loin de minuit lorsqu’un bruit vint me tirer de mes pensées. Un
bruit inhabituel comme un violent raclement et pendant un instant, il m’avait
semblé sentir le sol trembler. Surpris, je levais la tête et regardais autour
de moi pour en chercher la cause quand je vis à nouveau quelque chose passer
devant mes yeux, une forme fantomatique. Eclairée par la lune elle n’en
devenait que plus inquiétante mais je ne pus m'empêcher d'admirer sa taille
tant elle était imposante. Nous la dépassâmes et je détournais le regard. Un
peu plus haut quelqu'un avait crié.
De
nouveau tout fut calme, du moins en apparence.
Ayant
pour ma part déjà oublié le bruit suspect, auquel je n'avais accordé sur
le moment que peu d'importance, je repartis une fois de plus dans mes pensées…
J’étais chez moi, en train d’observer la ridicule récolte que j’étais parvenu à
tirer de mon champ. Je revoyais en même temps le visage de ma femme qui ne
parvenait pas à masquer son inquiétude et ceux de mes enfants qui indiquaient
qu’ils avaient déjà tout compris. Il ne sert à rien de mentir à un enfant, il
peut deviner beaucoup de choses tout seul. Ainsi quand je leur avais annoncé
mon départ, ils n’avaient pas été surpris. Mes enfants... Au bout de combien de
temps parviendrai-je à rassembler assez d’argent pour qu’ils puissent venir me
rejoindre ?
Beaucoup
de bruits me parvinrent des ponts du dessus, ce qui m’empêchait de réfléchir
dans le calme. Il semblait que des gens étaient sortis dehors et cela
m’étonnait. En effet à cette heure tardive il était très rare de sortir sur le
pont, surtout par une température pareille ! D’ailleurs, j’étais moi-même
le seul de notre classe à se trouver dehors. Tous étaient au chaud bien trop
occupés à faire la fête. Que se passait-il alors pour que « les
riches », comme on les appelait entres nous, viennent s’agglutiner sur
leur pont ? Je tendais l’oreille pour entendre ce qu’ils disaient, sans
succès car tous parlaient en même temps et de plus je n’avais qu’une
connaissance approximative de l’anglais. Bah, sans doute une de leurs lubies et
ils ne tarderaient pas à retourner dans leurs salons et fumoirs. Etant à
présent complètement frigorifié, je décidais de repartir dans ma cabine. La
fête devait être finie à l’heure actuelle.
Je
m’engageais dans le dédale des couloirs avec un soupir de fatigue, il me
tardait d’aller me coucher et je ne pu m’empêcher de bailler sans faire
attention au steward qui arrivait en face de moi. Nous nous rentrâmes dedans.
Quel maladroit je faisais ! Reconnaissant le jeune homme qui aidait les
gens à trouver leurs cabines je m’apprêtais à me confondre en excuse quand il
m’interrompit d’un geste en me collant un gilet de sauvetage dans les mains. Je
le regardais incrédule.
-
Mettez ça, me pressa t-il en irlandais, et montez sur le pont des embarcations
dès que possible.
Le pont
des embarcations ? Mais, c’était celui des officiers où seule la première
et deuxième classe avait le droit de se rendre. Je n’eu pas le temps de lui
dire un mot qu’il était déjà parti. Avais-je seulement bien entendu ? Le
pont des embarcations tout de même ! Devions-nous vraiment les rejoindre,
que faisaient-ils de si important pour que nous autres ayons l’autorisation de
monter là-haut ? Décidément quelque chose m’échappait, mais de toute
façon, il me semblait ne pas être très clair ce soir.
Je
baillais à nouveau, puis me rendit compte que la réponse se trouvait en réalité
dans mes mains. Le gilet de sauvetage !
Alors
c’était ça ! Nous coulions ? Impossible… Je me rappelais alors le
bruit entendu un peu plus tôt dehors et la forme blanche qui avait suivi…
Oh ! Ce pouvait-il que… Aie ! Mon épaule cogna brusquement contre le
mur, quelqu’un venait de me bousculer et cette même personne venait aussi en
quelques secondes de me redresser en m’attrapant par le bras.
-
Excusez-moi, je suis un peu trop pressé… Ah, vous aussi ils vous ont donné un
gilet ! Qu’attendez-vous pour monter ?
C’est
en ce moment que ça se passe, demain il sera trop tard. J’espère que vous ne comptiez
pas aller vous coucher parce que c’est raté. Suivez-moi, je connais le chemin.
L’homme
parlait vite, mais en irlandais. Un confrère, ça tombait bien ! Il agitait
ses bras et faisait de grands gestes en m’indiquant le couloir et son gilet de
sauvetage qu’il avait déjà enfilé.
- Je
suis aussi irlandais, l’informai-je.
Ces
mots parurent le soulager et il cessa d’agiter les bras.
- Ah,
parfait ! Devant votre manque de réaction je me demandais si vous
compreniez ce que je disais. Figurez-vous que j’ai croisé un couple d’italiens
il y a cinq minutes, ils n’ont rien compris à ce que j’essayais de leur dire et
sont retournés dans leur cabine. Les malheureux ! Pourtant un gilet de
sauvetage c’est assez explicite non ?
De
toute évidence, l’homme semblait penser comme moi et bien que je redoute sa
réponse, la question m’échappa.
- Nous
coulons, c’est ça ?
- Il
semblerait bien que oui, vous n’avez pas entendu le bruit tout à l’heure ?
Un vrai vacarme, ça a résonné dans les cabines. Selon moi nous somme rentrés
dans quelque chose mais le steward n’a rien voulu me dire, il était pressé. Il
m’a seulement conseillé de monter sur le pont des embarcations, une chance
qu’il parlait irlandais celui-là !
Tout en
parlant, il s’était remis en marche et avançait maintenant d’un pas rapide en
regardant autour de lui. Je le suivais aussi vite que je pouvais.
- Au
fait, dit t-il en se retournant vers moi, Kyle Connaill, ravi de vous
rencontrer, Vous êtes d’où ?
- Howel
Sullivan, je suis de Clifden.
- Ah
ouais je vois, j’ai un oncle là-bas. Il travaille pour un anglais, un gars qui
élève des chevaux... Je ne me souviens plus son nom.
- Je ne
saurais vous dire, tout le monde élève des chevaux à Clifden, lui répondis-je
en revoyant mon village devant mes yeux.
Il
sembla réfléchir deux secondes.
- Mais
pas vous je suppose hein ? Sinon vous ne seriez pas ici…
- En
effet. Quand je disais tout le monde, je voulais parler des anglais.
- Bien
entendu !
Tout en
disant ces mots, il s’arrêta devant un escalier qui conduisait à l’étage. Un
steward venait d’ouvrir la grille et nous passâmes devant lui en le remerciant,
tandis qu’un autre homme en uniforme s’arrêtait pour lui parler.
-
Andrew qu’est-ce que tu fous, je te cherche partout ! Remonte vite
là-haut, on a besoin d’hommes pour détacher les canots. Allez, bouge de là.
-
Comment ! S’écria le dénommé Andrew. Mais faudrait savoir, j’ai reçu
l’ordre d’ouvrir les grilles pour que les troisième classe puissent passer…
L’autre
s’impatientait visiblement agacé.
- On a
plus le temps, les gens attendent il faut descendre les canots. Et puis y a
déjà du monde sur le pont, les troisième classe sont bien trop nombreux, on
viendra les chercher après. Allez !
Mon
compagnon réajusta sa casquette, ferma son col et pressa le pas. Il était
nerveux et je le comprenais. Après ce que l’on venait d’entendre on avait de
quoi s’inquiéter.
- Une
chance pour nous d’être tombés sur une grille ouverte hein ? Lâcha t-il.
Je ne sais pas vous, mais moi j’ai toujours de la chance quoi que je fasse. Je
suis de Belfast, celui-là, dit-il en posant une main sur un des murs du bateau,
oui celui-là je l’ai vu se construire au fil des mois et j’y ai même participé.
Je voulais travailler sur le chantier et j’ai réussi à avoir une place.
Kyle se
lança dans une description de son travail, il parlait sans faire de pause et je
l’écoutais volontiers car pendant ce temps là ça m’évitait de trop remuer mes
idées noires. Je le suivais à travers les escaliers et les couloirs qui
devenaient au fur et à mesure de plus en plus chics. Ainsi ce que l’on
racontait sur son luxe hors du commun semblait bien réel ! Quant à Kyle,
il avait en effet l’air de connaitre le paquebot par cœur. Enfin, au bout d’un
temps qui me paru interminable, nous arrivâmes sur le pont en question.
-
Bienvenu en première classe, me murmura Kyle, pour que je puisse être le seul à
l’attendre.
Effectivement,
nous ne pouvions pas nous tromper sur la classe sociale des gens qui se
trouvaient un peu plus loin devant nous.
Tous
étaient bien élégants et avaient un air très digne, debout les uns à côtés des
autres à observer les canots comme on observe une chose curieuse. Malgré tout,
certains affichaient une profonde exaspération. D’autres semblaient fermement
s’ennuyer et retournaient s’assoir à l’intérieur, tandis que les stewards leur
courraient après en les priant de revenir afin qu’ils prennent place dans les
canots. Ici l’évacuation venait d’être annoncée quelques minutes auparavant
mais cela ne semblait inquiéter personne et tout le monde continuait à vaquer à
ses occupations. Beaucoup partirent même se recoucher après que les officiers
les eurent réveillés. Dans le fumoir des hommes terminaient une partie de
carte, la soirée avait été excellente et nul n’avait entendu le moindre bruit
suspect. Quant à moi, sentant que je n'étais pas à ma place je reculais
instinctivement contre un mur. Ma seule préoccupation était de passer le plus
longtemps inaperçu et depuis mon coin je pouvais observer sans être vu. Une
dame élégante, toute emmitouflée de fourrures de la tête au pied, s’arrêta non
loin de moi et je pu entendre distinctement la conversation qu’elle tenait avec
un officier à l’air énervé.
- Mais
enfin, pourquoi devrais-je monter dans là-dedans ? Cela ne me semble pas
solide du tout ! Se plaignit-elle.
- Je
vous assure madame qu’ils le sont ! La White Star Line teste tous ses
canots et de toute façon nous n’allons pas les charger entièrement, vous ne
courrez aucun danger.
- Je ne
comprends pas, pourquoi ne pas rester ici ? Il fait un froid glacial et on
ne voit rien du tout, vous ne voulez tout de même pas que l’on parte sur la mer
par de telles conditions ! Non vraiment, je retourne dans ma chambre.
- Je
vous en conjure madame, prenez place dans ce canot si vous tenez à rester en
vie !
-
Voyons mon brave, n’exagéreriez-vous pas un peu ? Ce bateau est
insubmersible, c’est vous-même qui me l’aviez dit à Southampton.
- Eh
bien de toute évidence il semblerait que je me sois trompé, c’est le propre de
la nature humaine non ? Un peu d’humilité en cet instant ne peut pas nous
faire de mal. Maintenant si vous vouliez bien prendre place, s’impatienta
l’officier.
- Mais
vous n’êtes pas sérieux ? D’ailleurs j’ai laissé toute mes affaires dans
ma chambre. Je ne peux pas partir sans, il faut que je retourne les
chercher !
Sur ce,
la dame fit demi-tour alors qu’au moment même, l’officier la saisissait par le
bras.
-
Stop ! Nous n’avons pas le temps pour ça et de toute façon il n’y a pas de
places pour les malles. Il nous faut faire vite alors montez dans ce
canot !
Il
avait crié et la femme s’était indignée, jamais encore on ne lui avait parlé
sur ce ton. Néanmoins sous le regard insistant de l’officier, elle prit place
dans le canot aidée par deux stewards qui la soutenaient de chaque côté. Trois
autres dames qui se trouvaient là, la regardèrent faire avec des yeux effarées.
L’officier
se chargea ensuite se faire monter d’autres premières classes. Ce fut une
affaire compliquée, il y eut des protestations, des cris d’indignation et
surtout, beaucoup de refus. Lorsqu’une vingtaine de personnes eurent prisent
place dans le canot aux côtés de la dame aux fourrures, l’homme estima que
c’était suffisant et donna l’ordre de le faire descendre. Ainsi, le premier
canot fut-il mis à la mer. Seulement, de ma place il m’avait semblé voir qu’il
était bien loin d’être rempli au maximum de sa capacité.
-
Regardez-les, ils n’ont pas encore compris que nous étions perdus et préfèrent
rester à bord. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, ce bateau est loin d’être
insubmersible, aucun ne peut l’être ! Alors si on me le proposait je
monterais dans ce fichu canot, et sans hésiter.
La voix
de Kyle me fit sursauter. J’avais complètement oublié sa présence. Comme moi il
s’était reculé contre le mur et ne bougeait pas. Immobiles, nous attendions la
suite des événements, bien qu’il soit très désagréable de regarder les autres
sauver leurs vies sans qu’on ne puisse faire de même. Mais peu à peu, d’autres
personnes arrivèrent sur le pont, des deuxième classe pour la plupart et
quelques-uns des nôtres qui avaient réussi à trouver le chemin. J’entrevis le
capitaine donner un ordre à des officiers, l’un d’eux s’avança.
-
Ecoutez moi tous ! Les femmes et les enfants d’abords ! Vous m’avez
compris ? Les hommes derrière, pas d’exception. Les femmes et les enfants
d’abord, avancez par ici.
La
foule s’exécuta lentement et l’on assista à des scènes déchirantes de couples
refusant de se séparer. Les hommes poussaient leurs femmes devant eux mais
celles-ci s’accrochaient désespérément à leurs vestes. Il y avait de plus en
plus de monde à présent mais je ne distinguais toujours presque aucune personne
de ma classe, qu'attendaient-ils donc pour sortir à leur tour ? Le steward
était-il retourné ouvrir les grilles ? Cette fois la peur qui m'avait
saisi tout à l'heure sans que je puisse l'expliquer, prenait réellement un
sens. Kyle sortit de sa cachette et me fit signe de le suivre, il y avait tant
de monde à présent que nous passions inaperçues. Partout on me poussait pour
laisser passer femmes et enfants, ce que je faisais de bonne grâce en pensant
aux miens. J'attendais donc en arrière en observant la descente des canots.
S’il
m’avait semblé interminable le temps que nous avions mis pour arriver ici, je
trouvais maintenant qu’il s’écoulait beaucoup vite que la normale. La proue
était déjà en partie sous l’eau et il n’y avait presque plus personnes dans les
salons de première classe, toutes les dames et leurs enfants de moins de treize
ans étaient partis dans les canots. Seuls restaient les hommes qui ne pouvaient
toujours pas partir car c’était cette fois au tour des femmes et des enfants de
deuxième et troisième classe de pouvoir embarquer. Le nombre de canots
diminuait à vu d’œil et il régnait sur le pont une ambiance particulière. De ma
place, j’entendais le chant des violons mêlé aux adieux des familles qui se
séparaient et on assistait à d’étranges choses, comme ce vieux couple de
première classe qui était assis sur des chaises longues et regardait se
dérouler la scène comme s'il s'agissait d'une pièce de théâtre dramatique. La
vision de ces gens résignés à attendre la mort était tellement irréelle et
bouleversante que je fus pris de vertige, la peur et le froid y étaient sans
doute aussi pour quelque chose cela faisait un bout de temps que j’étais
dehors. Tentant de reprendre mes esprits et mon calme je m’agrippais à une
barrière et plongeais machinalement mes mains dans mes poches pour les
réchauffer quand je sentis quelque chose au fond...Mon billet !
Je le
sorti tout froisser qu’il était et failli le lâcher de stupeur quand mes yeux
se posèrent dessus ! Avais-je rêvé ? Je regardais à nouveau. Il semblait
pourtant bien que non. A l'endroit où j'avais cru lire "aller pour :
Queenstown-New-York" quelques jours auparavant, il était en ce moment même
noté ceci : « Queenstown- 41°N, 50°O Terre-neuve ». Je n’en
croyais pas mes yeux ! Que cela voulais t-il dire ? Je me tournais
vers mon compagnon pour lui faire part de ma découverte mais m’aperçu qu’il
avait disparu.
Le
dernier des canots était parti.
Maintenant
la foule prise au piège paniquait réellement, les gens courraient, les gens
poussaient, j'étais bousculé de toute part et tombait même à plusieurs
reprises, mais chaque fois je me relevais. Il fallait que je sache avant que
tout ne soit terminé, oui, je voulais savoir à tout prix. Des yeux je cherchais
un uniforme dans cette marée humaine qui m’entourait, et je finis par réussir à
en arrêter un en lui saisissant le bras, avant qu'il ne me passe sous le nez. A
la vue de ses insignes il y avait de forte chance que je sois tombé sur le
commandant en second ou le premier officier. En temps normal j’aurais été gêné
de déranger ainsi un personnage de haut rang, aussi je me hâtais de lui poser
la question qui me brûlait les lèvres avant qu'il ne reparte.
-
Monsieur je vous en prie, où sommes nous ? Haletais-je à bout de souffle.
Il me
dévisagea rapidement, apparemment surpris de ma question et à dire vrai, je
m'attendais à ce qu'il me laisse planté là, car après tout je n’étais qu’un troisième
classe sans importance. Cependant à ma grande surprise il me répondit.
- Ma
foi, nous sommes, heu…Quelque part au large de terre-neuve d’après nos derniers
calculs, la ville la plus proche doit être Halifax…
Ses
mots résonnèrent à mes oreilles.
-
Terre-Neuve vous dites ?
Mais
déjà il ne m’écoutait plus, près d’un canot quelqu’un lui faisait signe. Il
dégagea son bras et me jeta un dernier coup d’œil avant de partir le rejoindre.
-
Monsieur ! Bonne chance à vous, me lança t-il de loin.
Cet
homme ! Je n'eu même pas le temps de le remercier que déjà il avait
disparu dans la cohue, mais un sentiment de profond soulagement s'empara de moi
car maintenant je savais. Tout autour les gens continuaient de se pousser et de
hurler.
Il
restait un canot ! Un canot pliable, en toile. Des hommes se
précipitèrent. Comme je connaissais la vérité je décidais de ne pas tenter ma
chance, c’était parfaitement inutile. Alors, serrant mon billet dans la main je
restais dans un coin sans bouger, observant.
Je vis
un gentleman habillé en tenue de soirée qui souhaitait montrer à tous comment
mourrait un anglais, sur ma gauche arriva un homme suivi de plusieurs chiens,
j’en reconnu quelques-uns. Apparemment il avait ouvert le chenil. Les musiciens
continuaient de jouer un air que je ne connaissais pas tandis qu’une bonne à
l’air perdu serrait contre elle un manteau de fourrure, sa maitresse était
partie sans elle. Au milieu attendait une famille nombreuse avec neuf enfants,
le plus petit, pauvrement habillé, pleurait tout ce qu’il pouvait. Mon cœur se
serra en repensant à mes deux fils que je ne verrais plus.
La
foule se fit plus dense autour du canot, je n'y voyais pas grand chose mais
j'entendis clairement le bruit d'une arme à feu éclater quelque part sur ma droite.
Pendant quelques secondes tous firent silence, puis un nouveau coup éclata et
j'eu alors la furtive impression de voir l'officier qui m’avait aimablement
répondu, tomber inerte dans l'eau noire. Je ne saurais jamais. Autre
bruit ! Un craquement sonore se fit entendre au dessus de nos têtes. L'une
des cheminées brisa son pied et se fracassa lourdement dans la mer écrasant
sous son poids tous les malheureux qui étaient déjà tombés dans l’eau glacée,
je reconnu Kyle parmi eux, il semblait que cette fois-ci la chance l’avait
quitté.
Le
paquebot n’était plus un endroit sûr, tout semblait se casser et le sol
s’était de plus en plus fortement incliné vers l'avant.
Sans
plus réfléchir, je m’élançais et sautais à mon tour dans l'eau pour éviter de
me retrouver projeté contre les parois. D’autres en revanche, avaient fait le
choix de monter tout à l’arrière du bateau en se cramponnant à tout ce qu’ils
pouvaient.
L'eau
gelée me taillada le corps et mon souffle se fit court. Claquant des dents je
tentais de bouger le plus possible mais déjà je ne sentais plus mes membres. Il
me restait en réalité juste assez de force pour pouvoir assister à la dernière
séquence du drame.
Cette
fois nous y étions. Les lumières du paquebot s'éteignirent définitivement, il
se trouvait maintenant à la verticale la proue entièrement sous l’eau. C’est
quelque chose qu’il n’est pas souvent donné de voir dans sa vie et je
regrettais le fait que je ne pourrais jamais raconter tout ce dont j’avais été
témoin. Le temps s’était arrêté et le Titan semblait hésiter, puis dans un
grondement spectaculaire, il se brisa en son milieu ! Des cris déchirèrent
la nuit et je vis des corps tomber à l’eau les uns après les autres. La partie
avant s’engouffra dans la mer en quelques secondes seulement. La poupe quant à
elle continua de flotter à la surface durant quelques minutes avant de se
remettre à la verticale et de s’enfoncer à son tour, emportant dans l’eau les
dernières personnes encore accrochés aux balustrades. Les abysses engloutirent
sans peine la carcasse noire et elle disparue. Le titanesque navire avait cessé
d’être, jamais il ne verrait New-York et sa statue de la liberté.
Désormais
nous étions seuls. La mer se confondait avec le ciel, la lune éclairait de sa
pâle lueur des formes fantomatiques plus ou moins proches. Cela aurait pu être
infiniment beau s’il n’y avait pas eu les cris. De toute part, les gens
hurlaient tout l'air qui leurs restaient avant que leurs poumons ne soient
gelés.
Mais
n'avaient-ils pas compris ? N'avaient-ils pas lu leurs billets ? C'était écrit
noir sur blanc. Pour nous le voyage se finissait ici. Nous avions payé pour un
aller simple au large de terre neuve.
31 janvier 2010
An Ghorta Mór
La grande famine
On ne peut pas passer à côté de cet épisode quand on étudie l'histoire de l'Irlande.
1845 - 1849, le mildiou fait son apparition sur l'île. C'est un champignon parasite qui détruit les plans de pommes de terre, aliment de base des paysans irlandais.
A cette époque ce sont les anglais qui possèdent les terres et font travailler les irlandais pour eux. Pendant la famine les ports restèrent pourtant ouvert. Dans des régions de l'île où des familles entières mouraient de faim, des convois de nourriture appartenant aux landlords, escortés par l'armée, partaient vers l'Angleterre. Certains propriétaires expulsèrent même leurs paysans, y compris s'ils étaient en mesure de payer leur loyer comme lors du Ballinglass Incident. Il faut préciser qu'ils prenaient grand soin de détruire la maison après avoir foutu les habitants dehors.
scène d'expulsion
Il y avait 8 millions d'Irlandais, la population tomba à 3 millions (les chiffres varient selon les sources). On compte environ plus d'un millions de morts, et environ 3 millions de réfugiés et d'émigrants. Les irlandais partirent en Amérique, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande à bords des "famines ship".
Le Connemara était une des régions les plus peuplées mais il n'y avait que des champs de patates. Ce fut donc l'un des endroits les plus meurtriers de la grande famine. Aujourd'hui le Connemara ne compte plus beaucoup de monde, j'ai pu m'en apercevoir quand j'y suis allée. On peut aussi voir les traces des cultures de pommes de terres qui ont aujourd'hui disparus.
A présent on trouve des mémoriaux un peu partout, et des chansons.
Voici l'une des plus connue, The fields of Athenry. Elle raconte l'histoire d'un homme qui à volé de la nourriture pour nourrir sa famille et qui va être déporté en Australie. Dans la chanson, il dit adieu à sa femme à travers les barreaux de sa cellule.
Je vous mets la version Dropkicks Murphys ;)
Découvrez la playlist Rebel gangster avec Dropkick Murphys
Les photos couleurs sont tirée du film "Death or Canada". Le site ICI
Mon père a acheté le dvd mais en attendant que je puisse le voir, je lis le site, du moins j'essaye... Car hélas moi et l'anglais ça fait deux. Pas bien pratique quand on veux partir en Irlande ou autres îles anglo-saxonnes, je vous l'accorde.
29 janvier 2010
Gangster
Découvrez la playlist Rebel gangster avec Dropkick Murphys
26 janvier 2010
Joanes come back
24 janvier 2010
Les cheveux blancs
Un feutre beige/gris, un criterium et un stylo blanc... Je me suis éclatée sur ceux là.


Voilà comment je fais :
D'abord faire le dessin au trait léger avec le criterium. Ensuite prendre le feutre du côté de la grosse mine et passer à fond sur le dessin comme une grosse brute (ce qui explique que ça bave un peu sur les côté). A ce stade ça peut faire un effet sympa.
Mais là on continue, prendre le stylo blanc et colorier les zones en question. Et pour finir, reprendre le criterium est repasser tous les traits, pour les zones en noir, appuyer fortement (attention à ne pas passer la main dessus, ça tâche) !
Le criterium passé sur les zones blanches pas encore sèches permet de faire des détails.
Exemple : voir cheveux ci-dessus et le col de la borgne.
^^
Sur-ce, j'ai prévu des notes de blog pour toute la semaine, car vendredi je pars à Angoulême pour le week-end. Je pourrais me connecter vendredi soir normalement, mais après plus jusqu'à la semaine prochaine.
A Bientôt !
23 janvier 2010
Taguée
Me voilà réduite à dessiner sur du papier toilettes.
Et là faute à qui ?
En tout cas c'est pas simple, je préfère le layout.
Allez je le passe à Mandarine et Alexianne
18 janvier 2010
Robin Wood ?
Découvrez la playlist Avel Keltia en musique ! avec Michael Samuels









































